Désert de Le Clézio

Le Clézio offre ici un récit qui transcende les époques et alterne entre plusieurs personnages. Côté face, le jeune Nour et le peuple des hommes bleus qui quittent Smara (au Maroc actuel) sous la conduite de Ma el-Aïnine (son nom signifie « L’eau des yeux »), fondateur de cette cité sainte des musulmans.
Poursuivis par les troupes coloniales françaises, ils échouent devant Marrakech, après des mois de souffrance et de soif. Les guerriers touaregs seront vaincus par 2 000 fantassins le 18 juin 1910 dans l’oued tadla. Ma El-Aïnine mourra peu après à Tiznit, alors que les français prennent possession de Smara.
Côté pile, Le Clézio narre les pérégrinations de Lalla, descendante d’un homme bleu et qui survit avec sa tante Aamma dans un bidonville aux portes du Sahara marocain.
Promise à un homme qui la dégoûte, elle fuit dans le désert avec un jeune berger muet, Le Hartani. Retrouvée à demi-morte, elle s’embarque pour Marseille où elle expérimente la détresse et la misère des migrants. Enceinte, elle rejoindra finalement la terre de ses ancêtres pour y enfanter.
L’écriture puissante et incandescente de Le Clézio crée une passerelle entre deux mondes, en apparence opposés. L’univers agonisant des Touaregs, décimés par l’armée coloniale, et l’environnement « moderne » de leurs descendants qui survivent dans des cabanes de planche et de tôle ondulée ou qui émigrent en quête d’une vie meilleure.
Mais une chose les relie : la force de leur esprit et de leur espoir et l’appel brûlant du désert. Comme un souvenir transmis de génération en génération.

Les plus de Désert

L’écriture évocatrice de l’auteur. On sentirait presque la morsure du vent et du soleil sur notre peau. L’architecture du livre, très claire, qui permet de marcher à côté des personnages, sans entraves.

Les moins de Désert

On cherche encore.

Désert de J.M.G. Le Clézio Gallimard, Folio, 1980, 420 pages